La journée du 15

Publié le par Michel Becquet

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Passé les embouteillages, l'accès au site se fait par des sentiers bondés de monde. Arrivé sur place, des dizaines de milliers de personnes sont déjà présentes et une bonne partie semble avoir dormi ici,  m'on confié certains. En tant que journaliste, j'ai réussi à me joindre aux organisateurs qui se retrouvent dépassés par les évenements. Avant que ne commence le premier concert, ceux-ci examinent la situation depuis la scène. Les gens occupent le champ depuis la veille par milliers, d’autres arrivent toujours plus nombreux. Des groupes, avec ou sans leur billet, arrivent ensuite de toutes parts, arrachent les grillages seulement pour arriver à entrer tellement l’accès principal est encombré. La marrée humaine oblige les organisateurs à prendre la seule décision possible, un tonnerre d’applaudissements salue l’annonce faite par John Morris :

« From now on, this is a free concert ! »
 
(A partir de maintenant, l’entrée est libre.)
 


John Morris a d’autres soucis. La paralysie du trafic provoque d’énormes retards dans l’acheminement des instruments et du matériel des artistes. Le concert doit commencer et les amplis de la plupart des groupes ne sont pas encore arrivés, les camions étant restés bloqués sur l’autoroute 17. Une polémique commence à émerger, les forces de l'ordre n'indiquant pas les accès aux parkings, les spectateurs abandonnent donc leur véhicule sur le bord de la route pour venir sur le site.


17h05 : Des artistes, alors présents sur le plateau, seul Richie Havens semble capable d’ouvrir le concert, en s’accompagnant de sa seule guitare. Son bassiste a fait 25 km à pied avant de monter sur scène. Richie Havens épuise son répertoire et sort éreinté. Mais personne n’est encore prêt.
Voici un extrait du passage de Richie Havens:



Country Joe McDonald, qui n’était pas au programme, bavarde au bord de la scène, il n’a pas de guitare car il est venu comme spectateur. On lui en trouve une, et le voilà face au public ! Quelques morceaux plus tard, il entonne Fixin’ to Die Rag (en changeant le début de la chanson en demandant un  un « F » , puis un « U » , un « C » et un « K ») repris en cœur par le public, chanson qui fait de Woodstock un grand rassemblement contre la guerre du Vietnâm.



A présent environ 400.000 personnes jonchent le site du festival, soit neuf fois plus que prévu initialement ! Nous assistons en ce moment au plus grand concert de l'histoire, qui plus est, porté sous le signe de la paix.  Evénement qui va rester profondément gravé dans ma mémoire. Il est aussi est surtout extrêmement symbolique ; d'abord parce qu'il est gratuit et puis c'est ici que les contestations s'expriment : contre la guerre, mais aussi contre la discrimination raciale... en somme, la nouvelle ère de contestation de la jeunesse symbolisée en un évenement unique....
Pendant que 400.000 personnes se battent des façons les plus atroces au Viêt Nam, 400.000 autres célèbrent l'amour, la paix et la musique.

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Les conditions d'hygiènes sont déplorables (pluie, boue, pas de toilettes ...), mais « la force de la musique l'emporte » dit-on. La musique c'est effectivement uniquement ce qui compte à Woodstock. Mais, c'est aussi l'idéal hippie de la vie en communauté, sans pudeur, sans honte, sans tabous.
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